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17 septembre 2012 1 17 /09 /septembre /2012 09:55

 

Du vin bio à gogo

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"C'EST UNE ANNÉE COMPLIQUÉE." Quand on entend ces mots dans le vignoble au moment des vendanges, on peut s'attendre au pire. Météo calamiteuse, gels tardifs, orages, grêle, pluies, fortes attaques de mildiou et d'oïdium, avant même que le vin soit en cuve, on sait déjà que le millésime 2012 sera le plus faible en volume depuis 1991. Aux alentours de 42,5 millions d'hectolitres contre 51 millions en 2011. Les vignes cultivées en conventionnel, en bio ou en biodynamie ont subi les mêmes aléas climatiques mais la pression est plus importante pour ces dernières, exigeant une attention et une présence plus grandes dans les parcelles pour agir au bon moment. A tel point qu'il s'est murmuré et écrit que certains renonceraient au bio ou repousseraient le moment de leur conversion plutôt que de risquer la perte d'un millésime. A Ecocert, le principal organisme certificateur, on ne note pourtant aucune tendance confirmant ces rumeurs. Aujourd'hui, le vignoble bio compte 4 692 producteurs pour une surface de 61 055 hectares, dont 28 662 déjà certifiés et 32 393 en conversion (chiffres de l'Agence BIO, juin 2012).

Contre le mildiou, une seule solution : le cuivre, en sulfate ou en bouillie bordelaise. Ce métal lourd aux vertus fongicides est autorisé en bio à raison de 6 kg par hectare et par an. Son usage, uniquement préventif, constitue l'un des principaux problèmes de la bio et de la biodynamie, car il reste longtemps dans la terre. Or la teneur maximale tolérée par l'Union européenne est de 150 mg par kilogramme de matière sèche. En fait, tout ce qui s'accumule, c'est ce que la plante n'absorbe pas, le superflu, inutile dans la lutte contre le mildiou. D'où la nécessité d'adapter les doses en fonction de cette capacité d'absorption naturelle de la vigne, ce qui n'est pas une mince affaire. Même si celles-ci sont faibles - quelques centaines de grammes de cuivre à l'hectare -, elles s'additionnent au fil des passages renouvelés durant les fortes attaques de la maladie, et peuvent vite dépasser le kilo par hectare dans l'année. Le millésime 2012 sera "cuivré".

A ces complications météorologiques et sanitaires s'est ajoutée une nouvelle réglementation européenne (n° 203/2012) entrant en vigueur dès les vendanges 2012 et définissant un vrai label "vin biologique". Jusqu'à présent, seul le raisin était garanti bio et l'on se disputait depuis des années pour un cahier des charges de la vinification bio. C'est désormais chose faite. Le vin bio existe, parfaitement identifiable pour le consommateur comme pour le producteur, mais pour satisfaire le plus grand nombre, on a sérieusement arrondi les angles. Vendange mécanique, filtration, centrifugation, chaptalisation, levures exogènes, traitement thermique jusqu'à 70 ° sont autorisés ; le taux de sulfites se rapproche de celui des vins conventionnels : 100 mg par litre pour les rouges et 150 mg par litre pour les blancs et les rosés. Un modèle de tolérance et d'ouverture d'esprit qui devrait permettre à beaucoup d'apposer le logo "bio" sur leur étiquette. N'est-ce pas le but recherché ? Une demande qui ne cesse de croître, des prix supérieurs à la moyenne..., chacun veut sa part du marché bio, des cosmétiques au pinard. Seul problème, à chaque fois, les nouvelles règles tirent vers le bas.

 

On se souvient de l'introduction des graisses végétales dans la fabrication du chocolat décidée par Bruxelles en 2003. Depuis janvier 2009, les produits biologiques vendus en Europe peuvent contenir des résidus d'OGM à hauteur de 0,9 %. L'affaire est passée inaperçue, mais les éleveurs de poules bio, qui devaient les nourrir pour partie avec des grains cultivés sur la ferme, ne sont plus soumis à cette astreinte. Jamais d'attaques frontales ni de remise en cause brutale des principes mais, en rognant à la marge, sur les "détails", on dilue l'esprit même de l'agriculture biologique tout en allégeant les efforts pour s'en réclamer et profiter du label.

 

Lorsque voici quelques décennies, des gens d'ici et d'ailleurs ont décidé de cultiver propre, ils n'ont demandé l'autorisation à personne. Leurs règles, ils les ont fixées eux-mêmes et, en les observant, ils ont réussi. A tel point qu'après les sarcasmes et le mépris des débuts, les voilà face à la jalousie et à la convoitise de leurs détracteurs d'hier, impatients de légiférer pour accéder au tiroir-caisse. Désormais, tout le monde veut faire du bio et, au lieu de tenir fermement la bride, les "autorités compétentes" laissent filer la corde, ouvrant la voie au bio de batterie et de lobby.

La nouvelle réglementation sur le vin bio en est le dernier exemple.

 

 

Source: Trad'Consulting via Jean-Pierre Géné www.lemonde.fr  

"Le Vin pour tous", Myriam Huet, Dunod, 240 pages, 11,90 €. Petit précis à l'usage des amateurs, écrit par une femme qui aime le vin autant qu'elle le connaît.

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Published by TRAD'CONSULT0136
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