Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 09:23

La grande distribution : « Un monde à part »

LIGNE-CAISSES.jpg

 Marges commerciales, ristournes et bons cadeaux : le tribunal de Mulhouse a prononcé trois relaxes, hier, dans un dossier où un hypermarché mulhousien cherchait à dénoncer une affaire de corruption entre un de ses ex-employés et un grossiste.

Corruptions active et passive : c’est pour ces deux délits graves qu’étaient poursuivis, hier devant le tribunal correctionnel de Mulhouse, un ancien chef de rayon d’un hypermarché mulhousien et un grossiste en fruits et légumes. « La qualification juridique semble compliquée, remarque le président Philippe Pin. Mais les faits sont très simples. » Pas tant que ça, quand on se plonge dans ce dossier.

Tout commence après le licenciement d’un chef de rayon, après 25 années de bons et loyaux services. « Tous les matins je me levais très tôt et je ne comptais pas mes heures, explique-t-il. Je faisais de mon mieux. Et du jour au lendemain, je me fais virer et on me ramène directement à ma voiture pour que je parte. » Le directeur de l’enseigne lui reproche d’avoir accepté des bons cadeaux, de la part du grossiste en fruits et légumes. Un grossiste aux produits de qualité, mais qui au final ne donne qu’un taux de marge à l’enseigne de 16 %, alors qu’il est de 24 % pour une enseigne similaire à Cernay et à Belfort.

Le chef de rayon privilégiait la qualité, « car nous étions en concurrence directe avec le marché de Mulhouse. Il fallait faire un choix ». Ce choix était de s’approvisionner plus chez le grossiste et moins auprès de sa centrale d’achat. « Mon directeur le savait, c’est lui qui signait tous les dix jours les factures » , remarque le prévenu.

« J’ai tout fait pour mon boulot »

Le magasin mène une enquête interne, notamment avec les déclarations de l’adjoint du chef de rayon – qui prendra sa place après son licenciement – avant d’alerter les autorités. Et il sert aux enquêteurs, sur un plateau, le fruit de son travail. Si l’ex-employé a acheté les produits chez ce grossiste, c’est parce qu’il recevait des bons cadeaux : 30, 50, 100 € (on évoque 2000 € sur trois ans). Le chef de rayon, en pleurs, ne comprend pas ce qu’il fait là : « Je suis en déprime. J’ai tout fait pour mon boulot. Chaque année, je touchais mes primes car je faisais du bon travail. »

Et ces bons cadeaux ? « Tous les chefs de rayons reçoivent des cadeaux, c’est une pratique courante dans la grande distribution », lâche-t-il. À ses côtés, le patron de la structure mulhousienne du grossiste et l’un des responsables de la holding tombent des nues : « Il y avait des règles fixées avec le directeur, lance le premier. Nous effectuions un travail complet. On aidait même à décharger et installer les produits. » « Quelle n’a pas été notre surprise en remarquant que ce magasin était sur le podium des structures à la marge la plus basse, constate le second. En clair, que nous ne gagnions vraiment pas beaucoup d’argent avec eux. »

Oui mais pour la partie civile, le préjudice est élevé : plus de 500 000 €, calculés sur trois ans par rapport aux marges des enseignes de Cernay et Belfort.

« Brûlé par une grosse machine »

« S’il y a bien un monde pourri en France, c’est celui de la grande distribution , lance le substitut du procureur, Christophe Deshayes. Cette enseigne a réussi à déclencher une enquête pénale alors que je me trouve au cœur d’une affaire prud’homale suite à un licenciement abusif. C’est vrai qu’il y a des cadeaux et des pratiques peu fair-play : mais ces pratiques se font dans tous les supermarchés de France et de Navarre. Après avoir voulu courir après le prix bas, on est tombé bien bas dans ce milieu. » Pour lui, la relaxe générale s’impose.

Les deux avocats des prévenus sont ravis. Mais non contents d’avoir entendu ces réquisitions en leur faveur, ils décident de contre-attaquer : « C’est inadmissible d’avoir pris pour cible un salarié pour dénoncer un marché, martèle pour le grossiste Me Alexandre Tabak. Car en fait, c’est exactement ce qui s’est passé. Mes clients ont perdu ce contrat pour rien ! » Et Me Aurélie Bettinger, pour l’ex-chef de rayon, d’enfoncer le clou : « Mon client a été brûlé par une grosse machine qui a monté un dossier à charge. On se demande pourquoi cela se termine devant un tribunal. Il faut savoir que depuis le 1er janvier 2011, et la loi Lemaire, on interdit le principe des marges arrières. Car ces enseignes, jusqu’à cette date-là, récupéraient à chaque fin d’année des ristournes chez les grossistes, représentant 4, 5, 6 ou 7 % de leur chiffre d’affaires par rapport à eux. Pour récupérer cette manne financière, cette enseigne n’a rien trouvé de mieux que de licencier mon client et dénoncer un contrat. C’est affligeant. »

Le tribunal a relaxé l’ex-employé (qui est en procédure aux Prud’hommes contre l’enseigne) et le grossiste.

 

Source: Trad'Consulting par GL via www.lalsace.fr

Partager cet article

Published by TRAD'CONSULT0136
commenter cet article

commentaires