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23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 08:19

Derrière les caisses, à la direction et au sein du syndicat majoritaire: une sociologue a enquêté pendant trois ans au sein d'un grand groupe de distribution pour, a-t-elle expliqué à l'AFP, comprendre pourquoi malgré des conditions de travail "assez dégradées", il y avait "si peu de résistance" des salariés.

De cette expérience, entamée alors qu'elle n'avait que 25 ans, Marlène Benquet, aujourd'hui chercheuse au CNRS, a tiré un livre, "Encaisser", publié jeudi aux éditions La Découverte. La chercheuse a laissé dans l'anonymat le groupe en question rebaptisé "Batax", qui emploie quelque 100.000 personnes en France, mais que les curieux identifieront assez aisément au fil des pages.

Le livre est issu de sa thèse de doctorat, soutenue l'an dernier, et dont l'objectif était, explique-t-elle, de comprendre comment dans un secteur "avec des conditions d'emploi assez dégradées et qui se dégradent depuis une dizaine d'années, on peut expliquer qu'il y ait si peu de résistance ou d'opposition ou de conflits au travail".

"Pour répondre à cette question, il fallait reconstruire toute la chaîne qui mène d'une consigne de profit donnée par des actionnaires (....) aux milliers de personnes tout en bas qui se mettent au travail avec zèle", explique Marlène Benquet, qui a choisi pour ce faire la méthode de "l'observation participante".

Elle a donc mené son enquête de 2008 à 2010 "tout en bas auprès des salariés", en se faisant embaucher comme caissière dans deux hypermarchés puis en effectuant des stages "tout en haut auprès des dirigeants" aux ressources humaines et "de côté" auprès du syndicat majoritaire FO.

Pourquoi "cela ne craque pas" '

Dans son livre, la sociologue assure n'avoir "aucune velléité dénonciatrice", mais le tableau dépeint, agrémenté de la transcription de certains dialogues, n'en est pas moins désabusé.

Les situations tragi-comiques ne manquent pas. C'est notamment le cas au siège du groupe où il faut un badge pour entrer... et sortir et où demander à voir l'organigramme de l'entreprise est considéré comme une question incongrue. C'est aussi le cas aux caisses, où la séance de recrutement porte exclusivement sur l'apparence de la sociologue (coiffure, vernis, vêtements...) et en aucun cas sur le contenu du travail, et où les pauses-pipi ne sont pas un droit acquis, mais où une responsable lance: "il faut apprendre à vous retenir. On n'est pas à la maternelle".

Pour son expérience de caissière, elle a dissimulé son activité de recherche. Dans le livre, elle relève non sans humour que "l'argument de la science est de peu de poids face au sentiment de malaise et de ridicule ressenti lorsque, tel un espion de seconde zone enfermé dans les toilettes, on commente frénétiquement le comportement de ses collègues sur un cahier qui, caché sous une robe, vous sciera les côtes le reste de l'après-midi".

Aux ressources humaines, où elle s'est en revanche identifiée comme sociologue, elle croise des employés ayant souvent effectué toute leur carrière dans le groupe et issus de la promotion interne. Nostalgiques du temps où l'entreprise était décentralisée, ils dépeignent un "âge d'or", achevé vers le milieu des années 1990.

"Quand je suis arrivé, le principe c'est que chaque hypermarché était comme une petite entreprise autonome. Le siège ne nous donnait aucun ordre. On gérait tout", raconte ainsi "Monsieur J", qui regrette qu'aujourd'hui les chefs de rayon ne maîtrisent plus les achats. C'est la politique du chiffre et des financiers qui prennent le pouvoir.

Du côté syndical, elle dépeint aussi les relations complexes entre syndicats et direction, qui évoluent aussi avec "la financiarisation de la stratégie". Celle-ci fait que "le circuit de secours syndical" passe "d'un fonctionnement préventif à un fonctionnement strictement urgentiste".

En conclusion, Marlène Benquet se demande pourquoi "cela ne craque pas, toujours pas". "Au point qu'on se demande si le capitalisme est la fin de l'histoire et qu'en botaniste amateur, on s'interroge sur l'état dans lequel doit être un fruit ayant commencé à pourrir il y a bientôt un siècle".

Source: Trad'Consulting Par  via www.lentreprise.lexpress.fr


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Published by TRAD'CONSULT0136
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