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23 novembre 2012 5 23 /11 /novembre /2012 20:10

Albéric Bichot : la tradition qui se bouge

Depuis 16 ans aux commandes de la maison Albert Bichot à Beaune, Albéric Bichot, 48 ans, a donné un nouvel élan à cette affaire familiale. Très respectueux de cette longue histoire familiale, l’héritier a su gérer avec doigté le changement de génération et introduire de nouvelles méthodes de management qui semblent réussir à l’entreprise, devenue aujourd’hui le troisième opérateur spécifique en vins de Bourgogne*.

 

 

* Les cinq premiers opérateurs spécifiques en vins de Bourgogne sont Louis Jadot (CA : 60 M€, Louis Latour (CA : 50 M€), Albert Bichot (CA : 44 M€), Joseph Drouhin (CA : 35 M€), Bouchard père & fils (CA : 35 M€). Avec 300 M€ de CA, Boisset est le numéro un des négoces bourguignons mais avec une activité largement développée hors Bourgogne.

Albéric Bichot : la tradition qui se bouge

Sommaire

 

 SI LOIN SI PROCHE

Il rêvait d’aller en Terre Adélie. Il y est passé tout près au cours de ses multiples expéditions dans le grand Nord, sans jamais atteindre ce territoire mythique. Qu’à cela ne tienne, Albéric Bichot vit son rêve au quotidien depuis qu’il a prénommé sa fille Adélie … tout comme le dernier né des Domaines Albert Bichot, un vignoble de 4,5 ha à Mercurey !!! Ce presque quinquagénaire cache bien son penchant d’aventurier sous des allures sages et rangées qui siéent mieux à ses fonctions de directeur général de la vénérable maison Albert Bichot. Ce négoce bourguignon a été fondé en 1831 par Bernard Bichot, son arrière-arrière-arrière grand père. Cette longue lignée d’hommes du vin est fièrement mise en avant au siège de l’entreprise établie au centre de Beaune. Les murs de la maison de maître, qui abrite aujourd’hui le centre névralgique de la maison bourguignonne, sont tapissés des portraits des aïeux Bichot et l’arbre généalogique, également exposé, relève les premières traces de la famille Bichot à partir de 1214. 

« Cette longévité rassure. Pour nos clients c’est un gage de tradition et de sérieux », explique l’héritier de cette dynastie, au pied du portrait de son grand-père Jean, avec qui la ressemblance est frappante. C’est sans doute de cet aïeul qu’Albéric a hérité du goût des voyages. « Dans les années 1930, mon grand père partait une fois par an en bateau avec ses fûts pour vendre son vin en Amérique. A l’époque, c’était une vraie expédition : il laissait sa femme et ses quatre enfants pendant 3 mois sans possibilité de les joindre », confie-t-il, admiratif.

 "LA BOURGOGNE C'EST LA RELIGION DU TERROIR

Baigné dans le monde du vin et des affaires depuis sa tendre enfance, Albéric a d’abord pris ses distances avec la maison familiale : école de commerce, deux ans dans la marine et « plusieurs tours du monde », conseil en redressement d’entreprise. Autant d’expériences qui finissent par le ramener au bercail. «Mon père a été clairvoyant, il m’a proposé d’essayer d’intégrer l’entreprise sans me mettre la pression. C’était une façon habile de me mettre le pied à l’étrier ».

La première année, le jeune Bichot fait le tour de tous les métiers de l’entreprise : cave, labo, expédition,… avant de se voir confier un poste de commercial. Et lorsque son père se retire de la direction de l’entreprise en 1996, c’est tout naturellement qu’Albéric lui succède, perpétuant ainsi la tradition familiale de transmission de père en fils. A tout juste 32 ans, le jeune patron imprime d’emblée sa patte dans la gestion de l’entreprise. « Il fallait gérer un changement de génération. J’ai recruté une nouvelle équipe et instauré un nouveau mode de management. La certification ISO 9002 dans laquelle nous nous sommes engagés nous a facilité la tâche. Nous avons mis deux ans à tout remettre à plat et à structurer une nouvelle organisation ».

Le changement concerne également la gestion des quatre domaines dont Albert Bichot est aujourd’hui propriétaire dans les quatre grandes régions viticoles de la Bourgogne : Chablis, Côtes de Nuits, Côte de Beaune et Côte Chalonnaise. Au total une centaine d’hectares qui seront d’abord conduits en lutte raisonnée avant de passer en conversion bio (à l’exception des vignes de Chablis).

Autre orientation marquante impulsée par le nouveau patron : l’approvisionnement en raisins plutôt qu’en vin. «En achetant les raisins, nous maîtrisons la vinification et pouvons plus facilement imprimer le style maison à nos vins. C’est également un plus pour nos exigences qualitatives ». Aujourd’hui la maison Albert Bichot complète sa propre production avec des achats de raisins pour l’équivalent de 350 ha. Ces raisins sont vinifiés dans les quatre caves dont dispose la maison sur ses quatre domaines.

« La Bourgogne, c’est la religion du terroir. Nous veillons à mettre tous les atouts de notre côté pour exprimer les spécificités de chacun de nos crus, explique Albéric Bichot. « Baisse des rendements, tri sélectif, vendanges en vert, évolution des techniques d’élevage pour obtenir des boisés plus légers… En l’espace de 20 ans, le profil de nos vins a considérablement évolué. Nous nous sommes adaptés à la demande du marché qui nous demande la quadrature du cercle : des vins que l’on peut déjà apprécier jeunes, avec du fruit et des tannins souples, mais qui conservent un bon potentiel de garde ».

 UN LIEN TOUT PARTICULIEER AVEC LES HOSPICES DE BEAUNE

Viscéralement bourguignon et fier de l’être, Albéric Bichot s’attache à investir dans les initiatives locales. Depuis 15 ans, la Maison Albert Bichot est le premier acheteur de la vente des Hospices de Beaune. Elle achète 100 pièces par an, soit un budget de 700 000 € à 1 million d’euros. « C’est un devoir pour nous, négoce bourguignon, d’être acteur de cette vente. Il ne faudrait pas les Bourguignons soient absents de cette vente qui contribue à la médiatisation des vins de Bourgogne. Et puis il y a une part d’affectif dans cet investissement. Je suis né aux Hospices de Beaune». Pour permettre aux particuliers d’avoir accès aux vins mis en vente, l’entreprise a mis en place une procédure d’achats groupés qui leur permet de se porter acquéreur d’une partie des pièces mises en vente. Et cette année, une application i-phone complète le dispositif. Autre partenariat régional, celui noué depuis avec le groupe Loiseau : la Maison Bichot a été retenu comme fournisseur pour le lancement d’une gamme de vins en co-branding. Démarrée en 2009 avec quatre vins, la gamme compte aujourd’hui 12 références, à la carte de tous les restaurants du groupe Loiseau et commercialisés dans le monde entier par les équipes Bichot. Le prochain projet d’accroche régional concerne l’œnotourisme. « Le temps moyen d’un séjour à Beaune est un jour et demi. Nous disposons pourtant d’un patrimoine exceptionnel et d’une histoire à raconter, qui, s’ils étaient plus accessibles, pourraient captiver les visiteurs et les inciter à rester plus longtemps », argumente Albéric Bichot. L’entreprise, qui a déjà commencé à développer l’accueil œnotouristique sur son domaine de Chablis, projette donc d’investir sur Beaune pour capter cette clientèle de passage et faire découvrir le patrimoine historique de la dynastie Bichot.

 

 

 LES CHIFFRES CLÉ

Les orientations prises depuis 20 ans semblent porter leurs fruits. Ce n’est pas son style, mais Albéric Bichot peut s’enorgueillir de l’impulsion donnée à l’affaire familiale depuis son arrivée. En 1990, Albert Bichot comptait 75 salariés et commercialisait 2 millions de cols par an pour un chiffre de 17 millions d’euros. Aujourd’hui la PME bourguignonne vend 4 millions de cols dont les 2/3 à l’export. L’effectif a été porté à 130 salariés. Certes, elle a profité comme tous les acteurs bourguignons d’un marché très porteur au cours de ces dernières années. La croissance de la Maison Bichot a été particulièrement tonique au cours des trois derniers exercices. Après une année en 2009 où la crise avait plombé les ventes de 19%, l’activité est repartie de plus belle avec des hausses successives de 10, 18 et 15% du chiffre d’affaires respectivement sur 2010,2011 et 2012. Les perspectives pour 2013 sont moins roses. « 2012 est un millésime terrible pour la Bourgogne. Nous avons cumulé tous les handicaps : du gel en hiver, puis de fortes pluies au moment de la floraison, une forte pression de l’oïdium et du mildiou et pour finir trois orages de grêle… Nous avons des rendements de misère. Sur nos vignes de Pommard, la récolte est en chute de 40% par rapport à celle de l’an dernier qui n’était déjà pas énorme. Les prix ont commencé à s’emballer. Sur les simples appellations Bourgogne rouge, les cours du vrac ont bondi de 50%. Nous ne pourrons jamais répercuté de telles hausses sur nos vins en bouteille ». La maison a pris la décision d’augmenter ses prix de 6% sur tous ses vins en stock, tous millésimes confondus. Depuis bientôt 200 ans, la Maison Bichot en a connu et traversé des années difficiles. Le millésime 2012 fera sans doute partie de ces périodes plus délicates. Mais puisque l’homme à la barre a frôlé la mort dans le froid du grand Nord, il y a bon espoir qu’il ait le recul nécessaire pour passer ce cap sans heurt.

 

Chiffre d’affaires 2012 : 43 à 44 M€

4 Millions de cols commercialisés dont 70% à l’exportation

Un bureau à New-York depuis 5 ans

Ouverture en octobre 2012 d’un bureau à Shanghai

Effectif : 130 salariés

4 domaines viticoles totalisant 100 ha : Château Long-Depaquit à Chablis (65 ha,Domaine du Clos Frantin à Nuits Saint Georges (13 ha), Domaine du Pavillon à Pommard (17 ha), Domaine Adélie à Mercurey (4,5ha).

 

 

 

Source: Trad'Consulting via www.vitisphere.com

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Published by TRAD'CONSULT0136 - dans World Wine Web
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